Retour sur ces enfoirés de véganes

Dites donc les enfants, c’est que l’article Et si ces enfoirés de vegans avaient raison ? vous aura intéressé bien au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer ! Après sa publication, le bouzin a été repris par plusieurs blogs véganes (j’ai appris l’orthographe du mot entre temps) jusqu’à faire le tour des sites où le tofu est roi, mais pas que. On le retrouve aussi sur d’autres sites moins engagés mais curieux. C’est là que c’est étonnant : l’article a capté l’attention de gens qui comme moi sont intéressés par le sujet et qui cherchent des infos sans vouloir se faire traiter systématiquement de charognards. Il faut croire qu’il y a une vraie niche à satisfaire à ce niveau.

Résultat : en une semaine l’article a reçu plus de 20 000 « j’aime » et des dizaines de milliers de vues alors que mon dernier record devait être de 30 « likes ». Même si je ne cours pas après les lecteurs, j’admets que ça fait plaisir. Dire que j’aurais pu gagner 3,76€ si j’avais mis de la publicité… 😉

Pourquoi tant d’amour ? 

Aucun doute, ma prose est loin d’être seule à l’origine de vos visites. Ce sont nos amis vé[géta[r|l]iens|ganes] qui ont mis le feu aux poudres en partageant l’article sur Face de Bouc. Je pense que ce qui leur a plu, c’est tout simplement qu’un carnivore arrive à la conclusion que la (sur)consommation de viande, c’est mal.

Mais si les amis des topinambours ont été intéressés par mon petit compte rendu, ce ne sont pas les seuls. On a pu constater le passage de beaucoup de carnivores ou de bicurieux qui se sont reconnus dans l’analyse. Le plus fort, c’est que certains sont en passe de se convertir.

Je suis le messie des véganes, qui veut me toucher ?

Spi, humilité personnifiée.

Quant aux carnivores purs et durs, ils sont passés mais ont toujours des difficultés à exposer des arguments convaincants (pourtant très bien écrits). Qu’à cela ne tienne, je reviendrai vers vous avec les réponses d’un grand groupe.

Mais quelque soit votre bord, j’ai été vraiment content de constater qu’il y a eu beaucoup de réactions civilisées (comme quoi tout arrive) :

Vos commentaires n’étaient pas si pourris

Mexican Troll

Trololololo lololo lololo

Dans les commentaires, vous avez posté des compléments documentés et éducatifs sans trop déverser de fiel. Et ça c’est terriblement cool et je vous en remercie. Bon, j’admets que sur la fin, des petits trollolos sont venus mettre un peu d’ambiance, mais que voulez-vous, liberté d’expression tout ça…

Profitant de votre bonne volonté, pour faire avancer le schmilblick et le synthétiser un peu, je voudrais reprendre quelques unes des idées que vous avez exposées et y ajouter mon grain de sel :

  • Nous, c’est le goût
Burger

CouiiiiiIIIiiic !

On m’a dit que parmi mes arguments pro-viande, je n’avais pas mis le goût alors que c’est quand même « fichetrement bon, la viande ». Oui, c’est vrai, c’est le seul argument sensé que je voie, mais c’est très subjectif et l’opposer à la souffrance me semblait disproportionné (j’allais clairement me faire latter les c…), alors je l’ai remballé. Mais vous avez raison, j’aurais pu le mettre. 🙂

  • Le bio c’est de la merde

Le bio (ou agriculture biologique), c’est théoriquement l’absence d’engrais ou de pesticides chimiques de synthèse ainsi que d’OGM. Il existe depuis le début du XXème siècle et n’est pas juste un effet de mode moderne repris par les entreprises (pas que). Si le bio « c’est de la merde », que dire de la culture intensive ? Si vous n’avez pas de jardin, c’est encore l’alternative qui semble la plus saine. Et puis, il reste quelques labels pour se rassurer.

De deux maux il faut choisir le moindre.

Roman de Renart.

  • Le cri de la carotte
Les légumes ont-ils une âme ?

Les légumes ont-ils une âme ?

Ca c’est rigolo. Saviez-vous que les végés ont leur point Godwin à eux ? Il s’agit du point Carotte selon lequel toute conversation avec un végane déviera à un moment ou à un autre sur la souffrance des légumes (mais pas ceux en fauteuils roulants, attention).

Si c’est amusant sur le coup, à force vous me les énervez. Pour jeter définitivement cet argument aux orties (et en faire un excellent purin), sachez qu’en l’état actuel de nos connaissances, on peut difficilement affirmer que le légume ressente la douleur, simplement parce que : pas de système nerveux, pas de douleur.

On pourrait s’arrêter là mais il est tout de même intéressant de se demander : et si ce foutu radis ressentait sa découpe en fines lamelles et contenait son cri de douleur en lui ? Et bien dans ce cas, rappelons que notre bétail consomme bien plus de ressources végétales que nous ne le ferions en nous passant de viande :

Un agriculteur peut nourrir jusqu’à 30 personnes pendant un an sur 1 hectare, avec des légumes, des fruits, des céréales et des graisses végétales. Si la même surface sert à la production d’oeufs, de lait ou de viande, le nombre de personnes nourries varie de 5 à 10. 4. Alimentation Responsable.

Le viandovore fait donc plus souffrir les radis que le laituevore. Sachant cela, libre à vous de n’éprouver d’empathie ni pour les petits veaux, ni pour les petits concombres.

  • Le cri des p’tites bêtes

Dans les débats, on parle rarement de la position à adopter face aux insectes. Pourtant, si l’on accepte que les insectes sont nos amis (et qu’il faut les aimer aussi) se pose encore une flopée de questions éthiques comme : « ai-je le droit d’en manger en tant que végane », ou « puis-je marcher sur la pelouse ? ».

Ces questions sont encore plus taraudantes lorsque vous vous demandez ce que vous devez faire en présence d’une souris. Si des solutions pacifiques ont été apportées dans les commentaires (cf. Nicolas et ses cages non-létales), je vous invite à méditer sur cette phrase : Peut-on quand même accepter de tuer des animaux lorsqu’on est végétarien ?

« Je n’ai aucun problème avec les moustiques. D’abord, je ne suis pas sûr qu’ils soient sensibles à la douleur et, même dans ce cas, une claque rapide réduit au minimum sa souffrance. Ensuite, il n’a pas de conscience développée de soi, il n’est pas un être capable d’envisager son future d’une façon ou d’une autre. Donc s’il m’empêche de me concentrer sur ma lecture et menace de me piquer… »

Peter Singer, végétarien.

L’attitude adoptée par chacun d’entre nous face à ces choix sur la valeur de la vie animale varie :

  • Des véganes, des véganismes

Ce que j’ai appris en vous lisant, c’est qu’il n’y a pas un seul courant végane. D’une simple curiosité à l’intégriste le plus complet, vous représentez tout un panel de sensibilités et de raisons qui mènent à changer de régime. Vous devenez végane par compassion, pour sauver le monde, pour être en meilleure santé ou que sais-je encore… Il ne s’agit pas d’adhérer à un parti et d’en suivre les lignes mais de décider soi-même de ce qui est bon pour vous, pour nous, pour les animaux, pour le monde. De cette variété d’opinion semble naître quelques dissensions dans le mouvement, on l’a vu. 😉

Je me pose tout de même une question : que ce passerait-il si nous adoptions le « animal first » ?

  • Nous les humains, nous sommes trop nombreux sur cette Terre qui ne pourra pas tous nous nourrir

C’est une bonne raison de consommer directement des végétaux qui sont produits en utilisant moins de ressources naturelles. Mais est-ce que ce sera suffisant tant que la croissance démographique perdurera (en 2050 nous serons 10 milliards) ?

On a beau se répliquer comme des sauterelles, la croissance démographique est un des moteurs de la croissance économique, elle est donc défendue car pas touche au grisbi ! Difficile de savoir où tout cela va nous mener mais beaucoup d’hypothèses sont pessimistes. Pas forcément pour la planète, mais pour nous : vous reprendrez bien un peu de famine ?

  • Certains animaux ont été à ce point domestiqués qu’ils disparaîtraient sans l’Homme

Et ben ça, c’est intéressant. Il est vrai que les vaches d’aujourd’hui, n’ont sans doute que peu en commun avec leurs ancètres. On ne sait pas ce que deviendrait une vache moderne sans la protection des Hommes. Ce n’est pas (plus) un modèle de force et de souplesse. Si elles survivent, nul doute qu’elle se réadapteront à la vie « sauvage ».

  • Manger de la viande n’est ni bien ni mal, c’est ainsi.

Est-ce mal si Jean-Kevin, votre petit dernier est acheté et dégusté avec des fèves au beurre par Hannibal Lecter ? Manger des enfants n’est ni bien ni mal, c’est ainsi. De façon plus réaliste, supporteriez-vous de manger du chien ? Trouveriez-vous ça bien ou mal si quelqu’un en commandait à votre table ?

La morale ne devrait peut-être pas s’appliquer qu’à ceux avec qui nous vivons ?

  • Nous sommes des prédateurs !

Ca fait belle lurette qu’on ne prédate plus rien du tout. A part quelques chasseurs qui (quoi qu’on en pense) méritent plus leur galinette fourrée aux pruneaux que nous.

Sinon, oui nous sommes l’espèce dominante mais comme l’a dit le philosophe Benjamin Parker : « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». Ce n’est pas parce qu’on peut faire quelque chose qu’il faut le faire.

Convertir par la parole, pas par l’insulte, jamais par la force

Evidemment, en plus du troll carnivore (« là, je mange un bébé veau mort devant mon clavier »), nous avons aussi eu droit au végane de l’extrême qui ne mâche pas ses mots (« réduire sa consommation de viande ne suffit pas, bande de baltringues ! »). Et c’est bien dommage car je le répète : vous nuisez à votre cause quand vous faites ça. On ne fait pas comprendre les maths à un enfant en lui tapant dessus avec un bottin (ni avec une chaise, n’insistez pas). On lui explique patiemment, on prend le temps de le convaincre.

J’ai découvert dans vos commentaires qu’il y a de nombreux véganes modérés qui plutôt que de vous engueuler, vous aideront à initier une démarche vers moins de viande. Et ça, c’est déjà une très bonne chose.

Chose amusante, j’ai constaté que l’article avait mené au moins deux impies à la conversion vers la sainte véganitude. J’attends vos risotos de remerciement devant ma porte. 🙂

Après ces quelques échanges

S’il y a une pression sociale poussant à manger de la viande, il y en a aussi une de la part des véganes envers ceux qui ne sont pas « full-véganes ». Pourtant, plus qu’un mouvement strict, j’imagine qu’il est mieux de voir le truc comme une philosophie. Il y a un minimum de réflexion et de leçons à tirer des discours des véganes, un équilibre à se trouver qui est sans doute quelque part entre la dose quotidienne de barbaque et la consommation exclusive de fruits tombés à terre.

J’ai été impressionné par le nombre de vos partages et je me sens obligé de vous remercier. Merci à vous. Merci d’avoir répondu à mes questions de carnivore avec patience, merci pour vos commentaires constructifs. Je vais faire une pause sur le sujet veggie maintenant. 😉

A bientôt pour de nouvelles aventures, Spi.

PS : J’en profite pour remercier Rak qui a assuré la modération pendant mes vacances.
Crédit illustration : julia-caramelina.

Spi

Tombé de l'arbre de l'évolution, tente vainement de rattraper son retard. Se rassure en surfant sur les skyblogs.

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commentaires

30 Responses to Retour sur ces enfoirés de véganes

  1. flo dit :

    Fière de toi SPI (bis). Mais le dis pas à Jeff, il va se foutre de ma gueule si je suis trop gentille, j’ai une réputation a tenir…xD

  2. Nicolas C dit :

    Encore très bien écrit, sauf un truc,

    le véganisme c’est pas « animal first », c’est juste « ne pas flinguer de l’animal quand on peut faire autrement ». Il n’y a même pas besoin d’aimer les animaux pour ça.

    Et cette question a déjà été étudiée en détail :
    http://veggieromandie.ch/que-se-passerait-il-si-le-monde-devenait-vegetarien/

    Je met les gros points :

    70% des terres cultivées libérées, 30% des terres émergées libérées
    Changements économiques (emplois détruits mais emplois crées, et globalement plus.)
    Effondrement des risques d’infections résistantes aux antibiotiques (mon préféré).

    Quel cauchemar affreux.

    Mais c’est pas grave, que les gens continuent, des fois que ca crée un monde meilleur si tant est pour nous au moins pour autrui, ce serait horrible. Si avec ca on ne tiens pas plus du lemmings que du genre humain, je sais pas ce que c’est. Et encore c’est pas gentil pour les lemmings vu que ces derniers ont été poussés de la falaise pour le film de Disney.

    • Spi dit :

      Merci pour les infos. 🙂

      Pour le contexte : Ginolin avait été taxé de « Human first » dans un commentaire, du coup je me demandais si selon cette personne il fallait être « Animal first » ? Et ce que ça donnerait si le gouvernement faisait passer le bien être des animaux en premier façon Brigitte Bardot (qui en plus n’aime pas les Hommes).
      Comme je comprends ta définition du véganisme, ce n’est pas ce qui est souhaitable, il faut sans doute un juste équilibre. 🙂

      • Nicolas C dit :

        Dans les mouvements de droit pour les noirs, il y avais Malcolm X, qui prêchait apparemment le suprémacisme noir. Et il y avais les autres, Martin Luther King, ou alors Nelson Mandela en afrique du sud qui voulaient surtout ne pas humilier l’autre parti et qui étaient plus pour vivre ensemble.

        Il y a la même chose dans les mouvements féministes, avec les deux nuances,
        et ça se répète dans le végétarisme.

    • PeSSouZiX dit :

      J’aime ton commentaire et le clin d’oeil à Paul JORION 😉

  3. Titawette Végane dit :

    Merci Spi, ça fait plaisir tes articles, j’avais (un chouïa) abandonné l’idée de croiser sur la toile des carnistes ouverts d’esprit sur le sujet 🙂

  4. Xena dit :

    TOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOIIIIIII… tu vas te faire des amoureuses ^^
    Même des zamoureux d’ailleurs ….
    J’ai passé une excellente journée ( ouais j’ai fais le plein de fruit et légumes -_- ) et PAF je lis c’te suite 😀

    J’laisse les commentaires intelligents aux autres, c’est l’heure de l’apéro <3

  5. Tom dit :

    Honnêtement, se faire troller par des vegans ne décharge personne de ses responsabilités. Si la consommation de produits d’origine animale allant au delà du nécessaire vital est immorale, elle l’est en toutes circonstances. Une vérité est une vérité peu importe comment on la transmet. Et quand il s’agit de droits d’autrui, on le fait souvent avec passion !
    Allez p.ex. dire à aux palestiniens de ne pas trop brusquer le gouvernement israélien pendant les bombardements car ça risque de l’énerver, on verra bien ce qu’ils vous répondront.
    J’ai beaucoup apprécié ces deux articles en tout cas, merci !

  6. Lisa dit :

    Article très intéressant ! Je me permets de rebondir sur la sous-section « Certains animaux ont été à ce point domestiqués qu’ils disparaîtraient sans l’Homme » : certains animaux ne sont pas viables sans l’Homme parce que l’Homme les a modifiés pour les utiliser. Par exemple, une vache tout droit sortie du salon de l’agriculture dont le pis traine par terre et qui ne peut pas tenir plus d’une semaine sans antibiotiques, eh ben… elle ne survivrait probablement pas. Tout comme les poules dont la croissance est si rapide que leurs pattes se brisent sous leur poids, ou qui ont une tête de poussin sur un corps d’adulte.
    Ces animaux ne sont pas faits pour vivre bien ni pour vivre longtemps, mais pour être rentables, et ils ne survivraient pas tous à l’état naturel. Mais est-ce une mauvaise chose ? L’Homme a créé des monstres dont la vie entière est une agonie. Si la nature reprenait ses droits, ça signifierait qu’une partie de nos erreurs devraient être effacées. Au final, je trouve l’argument du « mais tu te rends compte, cette race de vache disparaîtrait et la non-existence de cette race précise est une catastrophe en soi » assez creux et pas du tout convaincant !

  7. sophie dit :

    Encore Pas trop mal écrit. comme le premier… qui se termine sur de la daube… des intégristes, des full-vegan…. un t’as de mots qui ne prennent pas en compte la dimension anti-speciste.

    • Spi dit :

      J’ai abordé le spécisme dans l’article précédent et je rappelle que ne suis pas végane : j’aborde le sujet son mon angle personnel de carnivore.

      Ici, je fais juste part de ce que je conclus. Et j’ai largement pu constater que les consommateurs de viande peuvent être confrontés à des véganes agressifs qui voudraient que tout le monde adopte immédiatement un mode de vie végane : ceux que je qualifie d’intégristes. Ce sont ceux qui vont vous engueuler si vous dites consommer encore de la viande le weekend alors que juste cet effort vous coûte et que rien ne vous oblige à la base à diminuer votre consommation si ce n’est votre conscience. Ce sont ceux qui desservent leur cause et détourne le carnivore (cf. le commentaire de mouton-noir sur l’autre article) du véganisme par dégoût (et méconnaissance).
      Oui, il existe des gens que les non-véganes qualifient d’intégristes.

      Je détaillais déjà ce que j’entendais par là sur un autre article :
      http://blog.northgate.fr/2014/10/05/un-peu-de-recul-sur-sa-communaute-ne-fait-pas-de-mal/

  8. Julie dit :

    J’ai apprécié une grande partie de ton article, mais je tique beaucoup sur le « ça dessert la cause de se comporter comme ci ou comme ça ». As tu la moindre idée de comment se construit un mouvement social (en s’appuyant sur la sociologie des mouvements sociaux bien sûr, pas en donnant un avis personnel) ? Sais tu que la plupart des mouvements sociaux (noirs, homos, féministes) ont été gagnés par la force, par la brutalité du discours (et parfois des actes), et non par des gentilles paroles bizounours genre « faites comme vous voulez » …
    Donc si tu parles du veganisme comme mouvement social (et on devrait d’ailleurs parler de l’antispécisme), il faut peut etre éviter de donner des conseils, même si c’est bienveillant et très gentil de ta part, et regarder un peu en arrière, genre dans des bouquins d’histoire. Ou même regarder l’actualité, et voir ce qui se passe à Baltimore.
    Mais encore une fois ce n’est pas pour te plomber, juste pour faire évoluer un peu la reflexion.

    • Spi dit :

      J’aime bien ta perspective. Effectivement, ça donne à réfléchir. 🙂

      Dans mon cas, je donnais ce conseil aux véganes qui veulent se faire comprendre des carnivores. Si tu agis par la force tu finiras peut-être par imposer ton point de vue, mais les carnivores ne se convertiront pas forcément à ta cause : au mieux ils te toléreront, au pire ils se braqueront et freineront des quatre fers toute future proposition anti-viande sans chercher à comprendre (on retrouve d’ailleurs cette « véganophobie » aujourd’hui même à notre l’échelle lors de la plupart des débats sur le Net).

      C’est peut être naïf, mais je pense qu’éduquer les gens est mieux que leur imposer quelque chose. C’est la même problématique lorsqu’on te force à trier tes ordures ou qu’on te motive en t’enseignant les raisons pour lesquelles c’est bien.
      J’ajouterai que les retours sur l’article précédent montrent qu’il a intéressé une population « qui en a marre de se faire insulter quand elle cherche des infos ». Être trop violent écarte cette population du chemin de la véganitude car elle fait des efforts qui ne sont pas encouragés (voire dénigrés). Population qui retourne grossir les rangs des carnivores.

      J’ajouterai aussi qu’il ne faut pas se voiler la face, les véganes ont aujourd’hui une image de gentils hippies qui vivent dans les arbres. Les gens ne vous connaissent pas, ne comprennent pas vos motivations et s’en fichent un peu. Ils ne différencient pas les véganes des végétariens alors que ça vous semble une évidence (rappelez-vous ce que vous en saviez avant de devenir véganes).
      Je pense que tant que les gens n’auront pas une compréhension claire de votre message, des manifestations anti-viandes (par exemple) seraient regardées avec dédain.

      Enfin, être pour l’égalité des noirs, homos & co, ça ne nous coûte rien. L’anti-spécisme nous coûtera la viande, les vestes en cuir, les canapés, etc. Même si tu penses que ta cause est tout aussi louable, elle reste « de moindre valeur » dans l’esprit collectif.

      Alors faut-il des coups d’éclats pour faire comprendre que la viande c’est pas bien. Je ne suis pas un « communicant », je ne sais pas (remarque, eux ne savent pas grand chose non plus). Mais ce que je constate de mon coin, c’est que ça ne marche pas à petite échelle. A plus grand échelle, qu’est-ce que donnerait une image d’abattage de veau avant le 20h de TF1 ? Que penseraient les gens ? Que tuer des veaux c’est mal ? Ou que la chaîne est dégueulasse de souiller les yeux des enfants avec ça ?

      • Nicolas C dit :

        L’égalité des noirs a couté toute une main d’oeuvre a bas-prix pour le sud des états-unis. tout un tas de plants de cotons qui se sont retrouvés sans personne.

        C’est parce qu’on a appris à faire sans qu’on se dit que ça coute pas.

        L’antispécisme cessera de se faire refiler du cuir au sels de chrome partout. Tout le monde a vu le film Erin Brockovich, personne se rend compte qu’il y participe chaque jour « pour sa veste et son canapé ».

        Les définitions sont rappelées a chaque fois, ça viendra bien un jour.

  9. Julie dit :

    je viens de voir ta réponse à mon commentaire, et comme tu as pris le temps de répondre (et j’avais vraiment peur de t’avoir vexé), je prends le temps à mon tour. Le fond du problème, c’est que c’est effectivement « naif » de croire qu’il vaudrait mieux que les vegans fassent ci ou ça, que les fémnistes fassent ci ou ça, et pourquoi pas dire aux Noirs qu’il ne faut pas qu’ils fassent des manifestations comme ci ou comme ça … Je me permets de réaffirmer ce que j’ai dit précédemment, à savoir que les chercheurs en sciences sociales ne passent pas leur temps à se tourner les pouces ou à lire des articles sur des blogs (heu… en fait c’est exactement ce que suis en train de faire en ce moment, bref, passons). Disons que les chercheurs qui s’intéressent aux mouvements sociaux (et le veganisme, ou l’antispécisme, ou les droits des animaux, est un mouvement social), à leur structure, à leur champ d’action, à leur repertoire d’action, aux différents entrepreneurs de la mobilisation, aux différents courants de pensée au sein d’un même mouvement…. Si ça ne te parle pas, c’est parce que c’est de la sociologie, de l’anthropologie, de la géographie, des sciences quoi, et ça ne s’improvise pas.
    je ne dis pas que tu ne peux pas t’exprimer sur le sujet, au contraire (et puis de toute façon, qu’est ce que ça changerait que je sois contre), en revanche, je pense qu’il y a des personnes plus légitimes pour parler de certains aspects de ce sujet là. Parler de ton ressenti concernant le veganisme, concernant la façon dont tu perçois les vegans, pourquoi pas. Mais donner des conseils sur la façon dont ils devraient organiser leur mobilisation, heu, franchement, c’est comme si moi j’expliquais à mon dentiste qu’il vaudrait mieux qu’il m’arrache la dent en la tournant sur la droite, plutôt que de la façon qu’il envisage de le faire, parce que après tout c’est ma dent, et donc je peux lui donner des conseils, non ?
    Je ne sais pas si c’est clair.

    • Spi dit :

      Non non, je ne suis pas vexé. 🙂
      Je donne effectivement mon ressenti personnel. Je ne veux pas vous dire comment faire une révolution, je veux en fait vous dire comment convaincre un carnivore. Je sais ce qui ne marche pas sur mes camarades et moi, mais aussi quels arguments nous séduisent.

      L’exemple du dentiste ne me semble pas trop juste car tu sous entends que les véganes savent ce qu’ils font comme un dentiste professionnel qui va arracher une dent. Or, la plupart des véganes ne sont pas plus que moi des experts en psychologie et sociologie.

      Que faire alors pour promouvoir positivement sa cause ?

  10. Julie dit :

    🙂
    Oups je crois que je n’ai pas été clair, je ne dis pas que les vegans savent ce qu’ils font, au contraire, je pense que beaucoup de vegans devraient se renseigner un peu plus à comment fonctionne un mouvement social. Je parlais des sociologues, ou des chercheurs en sciences sociales, qui étudient les mouvements sociaux, et qui savent quels mouvements sociaux réussissent ou échouent, et pourquoi. 🙂

    • Spi dit :

      Je suis d’accord. Et comme le dis Nicolas, il y a plusieurs façons de se manifester, allant de la plus douce à la plus violente.
      Mais voici un problème qui touche les mouvements sociaux : tout le monde n’est pas capable de prendre du recul pour suivre les préceptes de sociologues (les réactions sont souvent plus passionnelles que réfléchies).
      Autre problème, si le véganisme est plus une philosophie abordée de différentes façons par les différents véganes qu’un parti à la ligne dure, il est difficile de se fédérer pour mener des actions communes et construire une image claire, voire d’avoir un leader qui plaise à tout le monde. J’imagine que les écolos ont dû avoir exactement les mêmes problèmes.

    • vincent dit :

      désolé pour mon décalage avec les dates, n’est-ce pas merveilleux de continuer la même discussions sur des années ? ;-P
      Julie, en tant que végane, je me questionne sur la(les) meilleure(s) manières(s) de questionner les gens sur le spécisme. ayant débuter par un militantisme très agressif, je suis maintenant d’un avis très proche de Spi, la non-violence étant l’un des fondements du véganisme j’estime qu’elle devrait être étendu au militantisme. (une multitude de sensibilité peuvent créé des divergencessur ce qui est  »violent », je ne m’étendrai pas sur le sujet). La société végane francophone à récemment pris position sur ce sujet via leur page face de book https://www.facebook.com/groups/veganismevivelab12/permalink/1259874934091616/?pnref=story ainsi que sur l’antispécisme, sujet qui semblait intrigué notre chère blogueur (https://www.facebook.com/groups/veganismevivelab12/permalink/845599532185827/?hc_location=ufi) . je laisse donc cette discussion de coté.

      comme vous l’avez compris, je souhaite approfondir ces questions. je serai, ducoup, comblé que Julie (ou quelqu’un dautre…) me donne des liens et références sur les mouvements sociaux et la problématique débatue par julie et spi du point de vue de la sociologie, psychologie, anthropologie, etc … (même de science  »non » sociale si cela existe)

  11. Shoohei dit :

    Merci pour l’article. Je suis végétarien à forte tendance vegan. C’est à dire que je ne mange pas d’oeufs ni de lait, à part si ça m’oblige à sauter le repas, par exemple au restau’ si je ne peux prendre qu’une pizza ou si la vinaigrette de ma salade a un jaune d’oeuf. Je ne suis pas encore vegan car je ne me sens pas encore prêt socialement, j’aimerais que la cause évolue et pouvoir trouver des repas vegan partout où je me rends. En attendant, je ne suis pas en accord avec ce que je ressens. Mais je pense que le travail mental doit être fait avant le travail physique sous peine de revenir en arrière.
    Je vois le veganisme comme une progression plus ou moins rapide selon différentes conditions.
    Concernant les manières de dissiper l’indifférence que les gens ont développés. Je pense que les deux sont nécessaires et peuvent être cumulées. La manière douce pour expliquer les choses à une personne en particulier, mais aussi des actions plus tape à l’oeil pour faire réfléchir la masse. Alors peut-être que les personnes gentillement sensibilisée seront touchées par ses actions. Avant d’entreprendre une démarche vegan, j’ai été sympathisant. Je me sentais pas la force de mettre toutes ces valeurs en avant mais j’étais content que d’autres personnes aillent les c… et les couettes de le faire. Ce n’est qu’avec le temps que je me suis senti plus à l’aise, à force de me renseigner en me posant des questions, et aussi en répondant aux questions de mon entourage (celles que tous les vegans connaissent par coeur). Comme le souligne cette article, les questions qui servent à ébranler la cause ne tiennent pas la route. Je suis donc de plus en plus convaincu et mon évolution n’est pas terminée. Je rêve que le veganisme se développe et qu’il devienne de moins en moins compliqué à appliquer dans la vie de tous les jours.

  12. Guillaume D dit :

    @shoohei : « pour faire réfléchir la masse » : je n’ai pas ton optimisme. Je pense que tout le monde s’en tamponne le coquillard et ne souhaite pas changer ses habitudes (surtout alimentaires) d’un iota. J’en arrive à la conclusion que la masse ne réfléchit pas ! hélas!
    On aura beau expliquer, par exemple, que les produits laitiers sont plus nocifs que bénéfiques pour la santé (problèmes avec la sphère orl, eczema, psoriasis, asthme, allergie… j’en passe et des meilleurs), ils ne veulent même pas essayer de s’en passer pendant ne serait-ce qu’un mois et voir si ça change quelque chose.
    Il y a un tel dogme sur les produits laitiers (pire que le dogme du régime carné) qu’il est difficile de faire dire autre chose que « il en FAUT » « on en a BESOIN »… etc

    Quand on n’a pas de problème de santé, il ne reste « que » les aspects éthiques et environnementaux mais quand on en a je ne comprends pas les gens qui ne se donnent pas les moyens de trouver un rémède dans l’alimentation. Voir l’excellent livre de Jean Seignalet : l’alimentation ou la troisième médecine.
    Jean Seignalet mangeait certainement trop de viande (crue en plus) et est décédé d’un cancer.

  13. Manounou dit :

    Pas mal ces deux articles 🙂
    Cela fait un moment que je réduis ma consommation de viande (plutôt pour le côté environnemental pour le coup) et que je n’en achète pratiquement plus moi-même (sauf généralement de la bio) mais je n’ai pas encore trouvé le courage de passer au zéro bébête et de dire à mon entourage « je ne mange pas de viande, merci ».
    En fait, je ne sais pas si j’ai envie de sauter le pas. Je sais que je pourrais sans problème m’en passer, personnellement, mais mon dilemme se formule plutôt en termes de l’ « imposer » à mes proches ou non. Mon grand-père qui ne peut imaginer un repas sans composante animale, les amis qui préparent un dîner, la cuisinière du boulot (eh oui, c’est l’un des avantages de travailler en ONG à l’étranger) qui inclut de la viande dans chacun des repas… Je pourrais ne pas la manger quand elle est là me direz-vous. Oui mais voilà, dans ce cas, l’objectif environnemental n’est absolument pas atteint, puisque ma part aura tout de même été achetée et cuisinée. Alors, il faudrait demander à chacun de s’adapter à mon régime, ce qui les obligerait non seulement à ne pas prévoir ma part, mais aussi à y trouver des alternatives, s’ils ont un minimum envie de me faire plaisir. Et je n’arrive pas encore à me résoudre au « ah meeeerde c’est vrai que Manon vient dîner et qu’elle ne mange pas de viande, on fait quoi?? ». Car, soyons honnêtes, cela met du temps à entrer dans la tête des gens, et il va falloir pendant quelques mois prendre ce petit air contrit « eh oui, désolée, je ne mange pas de viande, mais ce n’est pas grave, je mangerai l’accompagnement ».
    J’en suis donc là, à me préparer mes petits plats végétariens chez moi et ne plus manger de viande au restaurant (ceci dit, impossible de me passer de poisson et de fruits de mer! je ne serai donc jamais végane) mais à continuer de manger celle que l’on me prépare, tout en admirant mon frère, ma cousine et celles de mes copines qui ont sauté le pas du végétarisme. Je suis plutôt en paix avec ma conscience écolo, mais d’un autre côté j’aimerais aussi défendre un peu mieux ces valeurs en lesquelles je crois et montrer (tranquillement) à mes proches, qu’une alimentation sans viande, c’est possible… et c’est même bien meilleur quand on est un peu créatif!
    Et la lecture de ces articles m’oblige à me reposer ces questions, et me remotive à réfléchir de nouveau sérieusement à faire mon coming out de végétarienne!

    • FrancoisParis18 dit :

      Hello Manounou,

      A part la famille de Gary Yourofsky, beaucoup de famille, surtout si ils t’aiment, comprendrons… J’ai pour ma part suivi l’attitude de celui qui m’a parlé lors d’une vegan place (en me demandant à moi, omnivore à l’époque si j’étais raciste ? non ? alors sexiste ?… non ? alors spéciste ! puisque je faisais des différences entre les espèces….) et à qui j’ai posé mille questions pratiques… complètement affolé car me rendant compte qu’intellectuellement je ne pourrai plus faire autrement qu’être vegan, mais que je voulais continuer à vivre…

      Bref, avec les amis et la famille, bien leur dire « ne vous inquiétez pas… je mangerai les légumes… ne vous cassez pas la tête, faites des pâtes »… (enfin ça dépend de tes amis)… Et puis sans ça, notamment avec les amis, vous pouvez aller manger dans les restos indiens… Ils ont très souvent une formule végétarienne (à défaut de végétalienne).

      Hope this helps. Francois.

  14. Calopus dit :

    « C’est une bonne raison de consommer directement des végétaux qui sont produits en utilisant moins de ressources naturelles. Mais est-ce que ce sera suffisant tant que la croissance démographique perdurera (en 2050 nous serons 10 milliards) ? »

    Alors imagine les problèmes de pénurie en conservant une alimentation carnée…

  15. Gilles dit :

    Personne n’a jamais sorti des calculs financiers par exemple enlever la viande en conso moyenne pour la remplacer par du veg* ?
    Parce que du bio abordable pour ma bourse, je n’en trouve pas, contrairement à de la viande « de qualité ».
    Et je n’ose pas penser au véganisme mais juste au végétarienisme (ça existe ? végétalisme ?) qui doit coûter son prix non ?
    Déjà que je trouve la Ruche qui dit oui chez moi hors de prix…
    Je pense qu’en dehors des convictions philosophiques (je suis spéciste convaincu), gustative (carniste convaincu quand la viande est de qualité) il y a un rejet financier global.
    Si « manger mieux » coûtait moins cher ou équivalent, on ne verrait que ça en supermarché.
    Et bah non on voit toujours de la « merde » (malbouffe).
    Et je trouve qu’il manque d’infos sur « la vie quotidienne avec des enfants », des trucs comme ça.
    Parce que sinon du blog pro vég* qui te culpabilise, ça on en trouve à la pelle.
    A 37 ans je ne pense pas devenir anti-spéciste mais les autres arguments (qualité de l’alimentation), ça peut le faire…
    My 2 cents.

  16. Jafleur dit :

    Très intéressants ces deux articles. 🙂

    Juste une précision, parce qu’il y a beaucoup de confusion entre les différents termes et c’est plus clair quand tout le monde parle de la même chose en utilisant les mêmes mots. 😉

    Le végétarisme et le végétalisme sont des régimes alimentaires. Les végétariens ne mangent pas de viande (ce qui inclut la viande de poissons et autres animaux marins, autrement on parle de pesco-végétarisme ou de pescétarisme). Les végétaliens ne mangent aucun aliment d’origine animale (pour diverses raisons comme l’éthique, la santé, l’environnement, etc…)

    Le véganisme quant à lui est un mouvement d’opposition à toute forme d’exploitation animale (ce qui inclut l’humain qui est aussi un animal). Les véganes ne consomment aucun produit ou service qui implique l’exploitation d’un animal (nourriture (adoptent un régime végétalien), vêtements (évitent fourrure, cuir, laine, soie), loisirs (évitent cirques ou zoos par exemple), etc…) Le végane l’est toujours pour des raisons éthiques. 😉

  17. Sébastien dit :

    Pour ma part, comme je le dis, je suis végan à 10 % près. Ainsi, je ne m’interdis pas : de côtoyer des viandards (là je troll les nazi-vegan), de répondre à leur question avec bienveillance (ou ne rien dire si j’ai affaire à des trolls), à manger des plats contenants oeufs et/ou fromage en de rares circonstances.

    Quand aux nazi-vegan, on ne rallie pas des gens à notre cause en leur donnant des coups de batte de base-ball dans la tête. Quand bien même je suis d’accord avec les raisons considérés comme extrêmes, en faire des arguments et se montrer virulent ne sert strictement à rien, si ce n’est à pousser l’autre à se trouver davantage d’arguments allant dans son sens. On ne fait alors qu’entretenir un biais de confirmation. Au contraire, convaincre en montrant l’exemple est encore la meilleure façon de faire et la plus respectueuse des autres personnes.

    Merci pour ces deux très bons articles !

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