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La justice et Internet, c’est comme mémé devant son mulot.

Internet a beaucoup changé notre façon de communiquer en nous donnant la parole. Nos millions de petites voix peuvent maintenant s’élever pour faire part de nos pertinents avis sur la Vie, la philosophie antique, les œuvres de Marcel Proust ou la pose d’un pot large sur une BX TZD. Cette facilité de s’exprimer et de créer fait aussi que depuis 15 ans, le Net vous a régulièrement gâté en nouveautés avec des moteurs de recherches performants, des réseaux sociaux addictifs, des applications communautaires ou encore d’étonnants sites pornos animaliers. Bref, tout bouge et très vite mais nous nous adaptons plutôt bien à ce chamboulement perpétuel.

Ce n’est cependant pas le cas de certaines entreprises qui ont du mal à comprendre le Net et sa population, et c’est encore moins le cas du législatif et du judiciaire français qui peinent à suivre. Je vous propose d’illustrer un peu ce décalage entre les mondes « réel » et « virtuel. Moment anecdotes :

Serge, le « héros que l’on mérite mais pas celui dont on a besoin aujourd’hui ».

Pour commencer, laissez moi vous parler de Serge Humpich. Serge est un ingénieur qui développait des logiciels pour les traders. Ce qui le distingue c’est son hobby : le monsieur n’entretenait pas sa roseraie ou ne passait pas ses soirées sur Call of Duty, non. Il préférait occuper son temps libre à tester la sécurité des appareils et lorsqu’il s’est attaqué au système des cartes bancaires, il a découvert une faille qui permet de créer des cartes acceptées par les terminaux sans qu’elles soient liées à un compte. Bonnard*, mais en bon citoyen, Serge a fait part de sa découverte au groupement des cartes bancaires. Que s’est-il passé selon-vous ?

  1. Le groupe a envoyé un bouquet de fleurs à Serge et a rapidement revu la sécurité de ses cartes.
  2. Des gentils lutins bleus en képis sont venus lui rendre visite et après avoir fouillé son domicile, ils l’ont emmené au merveilleux pays de Gardavue.

Si vous avez répondu par la « 1 », vous êtes bien naïfs. Serge a été condamné à 10 mois de prison avec sursis avant de se barrer aux Etats-Unis, sans doute un peu dégoûté. Mais que voulez-vous, il a été un peu bête de croire que son aide serait appréciée : une entreprise est pragmatique et il est moins cher de museler le plus longtemps possible plutôt que de revoir un système mondial fragilisé.

On ne peut cependant pas accabler notre homme qui est peut-être plus habitué à fréquenter la communauté Internet qui elle, est plutôt reconnaissante lorsqu’on pointe du doigt une faille : certains éditeurs vont tout de même jusqu’à récompenser les pirates qui leurs signalent leurs fragilitésQuand je vous dis que l’état d’esprit n’est pas le même…  

Oui, les lois sont incohérentes, et alors ?

Si ceci vous a montré que la chose juste à faire et la justice sont deux choses différentes, je vais maintenant vous rappeler que cette dernière n’est en plus pas toujours cohérente.

Souvenez-vous d’Hadopi, cet ami qui vous écrit parfois parce que vous avez téléchargé sa vidéo sous droit d’auteur sans la payer (vilain cancrelat). Et bien, dans son arsenal de lois, la Haute Autorité dispose d’une carte : « défaut de sécurisation de son accès Internet » qui vous impute tout piratage de votre ligne. Pour rire un peu, voici un extrait d’une interview de Éric Walter sur le site de l’Hadopi :

Question : avec HADOPI, si j’utilise la connexion à internet de mon voisin pour pirater, ce n’est pas moi le coupable, mais lui pour « défaut de sécurisation », et il doit prouver qu’il n’est pas à l’origine du piratage. N’y a-t-il pas là un renversement de la charge de preuve ?

EW : Bien sûr que non, dans la procédure de réponse graduée votre voisin n’est pas considéré comme coupable de quoi que ce soit. Le 1er mail l’alerte sur des faits et lui rappelle sa responsabilité de protéger et sécuriser son accès internet.

Que l’on peut traduire par « Meuh non, on lui dit d’abord qu’on ne va pas tarder à lui tomber dessus ». Sympa, mais en pratique comment quelqu’un qui ne sait pas protéger sa connexion saurait détecter un piratage ou sécuriser sa ligne ? C’est donc bel est bien vous qui êtes responsable de la sécurité de votre réseau domestique. Et oui, si vous ne pouvez pas prouver le piratage, vous l’avez dans l’os (cela dit, c’est probablement vraiment tonton Michel qui téléchargeait My Little Pony et il ne l’aurait jamais avoué de toute façon…).

A côté de ça, si vous téléchargez un document sensible en libre accès sur Internet via Google, ce n’est pas la faute de l’organisation qui a mis le document en ligne (ici, pas de « défaut de sécurisation »). C’est ce qu’a découvert un des co-rédacteurs de reflets.info alors qu’il cherchait à documenter l’un de ses articles.

Le pauvre internaute dangereux pirate est tombé sur un fichier en libre accès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation et s’en est donc servi car « on pourrait croire que si c’est sur Internet, c’est public. » Mais non : il s’agissait d’un document confidentiel et l’ANSES porte non-seulement plainte contre l’affreux corsaire, mais en plus remporte son procès. Notre ami est donc contraint de payer 3 000 € pour avoir lu un fichier indexé par Google.

Je résume donc :

  • si vous êtes une quiche en sécurisation informatique et qu’on télécharge des films illégalement via votre ligne (pas des snuff movies amateurs, ça on s’en fout), vous devrez en rendre compte devant la justice.
  • si vous êtes une administration qui laisse l’accès libre à ses fichiers confidentiels comme une cruche, c’est le pauv’téléchargeur lambda qui en répondra.

Ô cohérence, suspend ton vol !

Tremblez, ça peut vous arriver !

Routine activity theoryEt enfin, dernier exemple qui m’a inspiré cet article : la semaine dernière, j’ai reçu un e-mail provenant d’un grand journal local de mon ex-région. Il faisait suite à un article dans lequel j’expliquais comment contourner leur système d’abonnement : c’est ce qu’ils appellent une « incitation à la fraude ». Je ne prendrais pas le risque de les nommer, mais voici comment leur mécanique fonctionne : vous n’avez le droit de lire que 5 articles par mois sur leur site avant d’être invité à vous abonner. Comment savent-ils que vous en avez lu 5 ? Grâce à vos cookies, ces petits fichiers stockés sur votre navigateur.

Dans l’article j’expliquais comment se débarrasser de ces cookies, ce qui n’est pas illégal sauf si vous dites que c’est pour bypasser le système d’abonnement (c’est ce que j’ai cru comprendre). Vous serez d’accord, ça revient à pointer du doigt un portique RATP défectueux et de dire « regardez c’est ouvert », mais chut, ce n’est pas bien, il ne faut pas le dire, c’est une grave incitation à la fraude.

Voici la réponse envoyée au service juridique du journal :

Bonjour M. X.

Je vous invite à constater que l’article a bien été supprimé.

J’ai supprimé l’article par peur des poursuites judiciaires, vous vous en doutez. Cependant, je vous invite à communiquer ceci aux responsables de l’édition en ligne :

Les moyens de contournements que je proposais ne sont pas une incitation à la fraude mais la mise en évidence d’une faille technique béante dans le système d’abonnement de [votre journal].
L’utilisation de cookies pour marquer les articles lus est une hérésie technique et montre une méconnaissance du fonctionnement du Web. Les cookies sont des fichiers stockés sur le navigateur de l’utilisateur et il peut bien entendu les supprimer quand il le souhaite. Il peut ainsi réinitialiser à loisir son abonnement sans opérer aucune action malveillante.

Cet article mettait simplement en évidence cette faiblesse. Des milliers d’Internautes connaissent cette astuce sans avoir besoin de mon aide.
Je vous conseille vivement de revoir votre système d’abonnement.

Cordialement, Spi (éditeur de northgate.fr).

Ca vous rappellera peut-être mon premier exemple, le côté bon samaritain en moins. Cela dit, je comprends le journal qui doit déjà l’avoir mauvaise d’avoir fait un mauvais choix technique et qui doit payer quelqu’un pour menacer les gens afin qu’ils se taisent.

Voilà, tous ces recours en justice sont presque amusants. Si Serge ou le serveur NorthGate avaient été en Russie, on aurait pu facilement ignorer les menaces de procès et la vraie solution aurait sauté aux yeux de tout le monde : il suffisait que les entreprises pensent mieux leur sécurité. Et pour finir, l’affaire de Serge me pousse à me demander si un jour un scandale mettant en cause les cartes bancaires sans contact éclatera, car je vous rappelle qu’elle ne sont pas du tout sécurisées… J’espère que je ne me suis pas mis dans le pétrin en disant ça… 😉

Sources et trucs à lire :

« * » : masculin de « bonnasse ».

Hadopi : Manifestation du 25 avril 2009 (souvenez-vous)

J’ai tenu à récupérer cet article de l’ancien blog comme un souvenir de notre action collective. Hadopi, ça fait 5 ans maintenant qu’on en parle, c’est rentré dans les moeurs et aujourd’hui on s’est habitué à la voir dans le paysage d’Internet. Pourtant, comme prédit à l’époque, son utilité est discutable et je continue autant à télécharger des DivX qu’à aller au cinéma. Ma vie d’Internaute n’a pas changé et le les lois ne sont toujours pas adaptées au numérique. Voyons ce qu’on s’en disait il y a 5 ans :

Internet les a fait naître

Il y a un peu plus de 10 ans, succédant au modèle du minitel, Internet s’est démocratisé en France. A cette époque, les utilisateurs découvraient qu’ils pouvaient créer. Un choc car jamais aucun média n’avait permis aussi facilement l’expression des idées les plus brillantes comme les plus stupides. Et puis, on s’est aussi dit dans un coin de nos têtes : voilà un truc qui pourrait bien renforcer aussi la souveraineté du peuple, booster la démocratie.

Malheureusement, donner un moyen d’échange aussi massif au commun des mortels engendre forcément quelques débordements sur tout ce qui est bien immatériel, comprendre facilement copiable. La musique s’est notamment émancipée de son support physique et est devenue trop facile à reproduire. Ainsi, avec l’accès des masses au Net, les entreprises du divertissement se sont senties menacées. C’est là que les majors ont commencé à diaboliser le Réseau des réseaux. Une erreur plutôt que d’essayer de le comprendre et de s’adapter, une erreur que les juniors eux ne commettent pas.

Aujourd’hui, je n’ai pas envie de vous parler de SOPA, d’Hadopi, d’Acta, de filtrage ou de censure. J’ai envie d’attaquer la chose sous un autre angle : vous montrer qu’Internet ne fait pas que prendre à l’oligopole du divertissement, ses milliards d’utilisateurs contribuent aussi.
« Si ça continue ainsi, on va tuer la culture » disait notre président. Comment peut-on être aussi loin de la vérité. « On ne tue pas une idée » dit-on. Si Universal disparaissait, la culture ne mourrait pas. La culture c’est nous tous qui la créons, pas une minorité de boys-band formatés.

Alors voilà, j’ai envie de vous présenter des idées qui ont germé dans l’esprit de gens qui ont trouvé en Internet une tribune pour s’exprimer. Ca vous paraîtra peut être con, hilarant, bien vu ou naze mais dites vous que ça existe, que vous auriez pu le faire, et demandez-vous si ces « oeuvres » auraient vu le jour sans Internet  😉

Séries amateurs :

Le Visiteur du Futur

Cette série, menée de main de maître par le d’jeun’ François Descraques a commencé comme d’autres avec une bande de potes. Aujourd’hui, ils dédicacent leurs packs DVD dans les Fnacs et les fans font la queue pour les voir.

Petit pitch : Raph ne se doute pas que ses actions vont déclencher une série de cataclysmes dans le futur. Dans l’extrait ci-dessous, il est emmené par le visiteur du futur dans son présent (le futur quoi) pour échapper à la brigade du temps.

La Flander’s Compagny

En France, on ne fait pas de série SF, jamais ! Enfin, sauf sur Internet.

La Flander’s est une entreprise qui loue des super vilains aux super héros en toute sécurité pour assurer des « events » dignes de ce nom. Mais parfois, les vilains pètent un câble…

Ici, le chercheur de la Flander’s recrute un assistant :

Le webcomic Maliki

Il s’agit ici du quotidien d’une jeune donzelle et particulièrement de ses chats. Humour fin, dessin travaillé, mise en scène tordante et le tout gratos. Franchement, je ne pensais pas que le quotidien pouvait être une telle source d’inspiration 🙂

Que la dispo en ligne ne vous empêche pas d’acheter les tomes en magasin (44.90€ le lot de 3).

Films de fans de jeux :

WoW !

World Of Warcraft possède un monde assez vaste et riche en histoire pour y monter des clips. Une bande de filles guerrières s’est fait plaiz en parodiant un clip existant. On pensera ce qu’on veut de la musique, mais le résultat est sympa pour des amateurs 🙂

Half Life 2

Un bon jeu bien ficelé à son lot de fan. Half Life est un excellent jeu et il a inspiré des court métrages vraiment bien fichus.

Beyond Black Mesa :

Singularity collapse :

Portal 2

Du même éditeur que Half Life, Portal 2 est un jeu original dans lequel on doit sortir d’un complexe en utilisant des portails.

No Escape :

Musique :

My Major Compagny

Cette boite permet à des particuliers d’investir dans des oeuvres qui ont besoin de financement. Ce sont eux qui ont notamment produit Gregoire et son Toi + Moi :

Alors après, si vous voulez quelque chose de plus travaillé, y’a d’autres trucs. Par exemple Love Gets In The Way de Millers Daughter.

Jamendo

Ce site met en avant des chansons libres de droits et ce ne sont pas les plus mauvaises. Un petit exemple : Listen.

Alors ?

Tout ceci n’est qu’un petit florilège des créations sur le Net, bénévoles ou non. Cherchez, vous trouverez sans doute de quoi remplacer votre épisode des Experts sur TF1…

Internet est une source de création formidable qui n’a rien à envier à Universal ou Paramount en terme de créativité. J’ai l’espoir qu’un jour, nos élus comprennent ça 🙂

Internet est l’outil d’une société qui est en train de changer

Faisons nous le relais d’une belle vidéo fort intéressante.

Dju nous rapporte sur son article « Internet, neutralité, définitions et enjeux [via Ubuntu Paris] » la dernière conférence du désormais célèbre chevalier Bayart. Benjamin Bayart est le président du plus ancien fournisseur d’accès à Internet encore en activité : French Data Network. Autant dire qu’il a une bonne vue d’ensemble à la fois technique et sociale de l’Internet.

Cher lecteur, il est fort probable que ton idée actuelle du Net soit déformée, voire fausse. Aussi, t’invite-je à aller accorder un peu de ton temps à comprendre ce que tu utilises là tout de suite et peut-être à t’y découvrir un rôle. Après tout, tu as bien regardé Danser avec les Stars, ça ne te fera pas plus de mal. 😉

La vidéo dure plus d’1h30 mais est instructive et abordable par le non initié.

Personnellement, j’en retiens ceci :

  • Benjamin nous présente sa théorie de l’évolution façon homo-internauticus, nous faisant passer à travers les phases kikoo, lecteur, râleur… Pour finir comme citoyen éclairé. 🙂
  • Je vais conserver en tête sa citation à propos du filtrage du Net en France : « la liberté d’expression, c’est un produit d’exportation ».
  • Un résumé concis du filtrage du Net. Vous aurez d’ailleurs sans doute aussi remarqué que Youtube est bridé par Free en ce moment.
  • « Internet est l’outil d’une société qui est en train de changer. » Est une belle façon de voir. Il est optimiste 🙂
  • Internet a aujourd’hui le poids nécessaire pour aider les peuples à s’assumer eux-même. Que deviendront nos députés ? Ouuuh, ça va être rigolo quand les intermédiaires vont commencer à disparaître !

Sources :

La cyber censure dans le monde… et en France.

Protect online free speech

Dans notre beau pays, nous avons l’exception culturelle française, un patrimoine qu’il nous faut préserver. C’est pourquoi la France a tant oeuvré en faveur des artistes.

En effet, les maisons de disques ne pourraient pas traquer le pirate correctement sans l’Hadopi ou débusquer le pédophile consanguin sans LOPPSI. Et bientôt, l’ACTA renforcera encore le pouvoir des majors et permettra enfin de s’assurer que la Culture est entre de bonnes mains.

Et c’est grâce à tous ces efforts que cette année, Reporters Sans Frontières nous fait l’honneur de nous admettre dans le cercle fermé des pays censurant le Net. Bel effort donc, mais la France n’est pour l’instant que « sous surveillance ». Je suis certain que d’ici peu elle aura sa place parmi les vrais pays filtrant le Net que sont la Chine, la Corée du Nord, Cuba ou encore l’Iran.

En rose les pays sous surveillance, en violet ceux connus pour porter déjà atteinte à la liberté d'expression.

Plus d’informations sur Reporters Sans Frontières.

Je vous laisse méditer sur une citation de Mario Vargas Llosa qui date de 1993 :

« La chose la plus importante que j’ai apprise est que les cultures n’ont pas besoin d’être protégées par les bureaucrates et les forces de police, ou placées derrière des barreaux, ou isolées du reste du monde par des barrières douanières pour survivre et rester vigoureuses. Elles doivent vivre à l’air libre, être exposées aux comparaisons constantes avec d’autres cultures qui les renouvellent et les enrichissent, leur permettant de se développer et de s’adapter au flot constant de la vie. La menace qui pèse sur Flaubert et Debussy ne vient pas des dinosaures de Jurassic Park mais de la bande de petits démagogues et chauvinistes qui parlent de la culture française comme s’il s’agissait d’une momie qui ne peut être retirée de sa chambre parce que l’exposition à l’air frais la ferait se désintégrer. »